Enterrement de Maurice Dousset
Nous étions des centaines à l'enterrement de Maurice Dousset. Dans la dignité, la simplicité.
Philippe Vigier a prononcé un hommage que nous pouvons tous faire nôtre et que l'on peut lire ci-dessous/
Merci, du fond de mon cœur, de m’avoir demandé de dire quelques mots. Je le fais bien sûr en mon nom propre –vous savez mieux que quiconque tout ce que je dois à Maurice- mais aussi au nom de tous les élus présents aujourd’hui, particulièrement au nom d’Albéric de Montgolfier et de Joël Billard, afin de témoigner de l’action de Maurice, afin de dire aussi – tout simplement - à quel point nous l’aimions.
Maurice était un agriculteur, fils d’agriculteur ; Pourtant, sortant du lycée, ce n’est pas à l’agriculture qu’il pensait. Ses goûts et ses aptitudes le destinaient plutôt à quelque grande école d’ingénieur. Mais le décès prématuré de son père le conduit à reprendre l’exploitation familiale. Pendant plus de vingt années, il cultivera la terre de Montachery, avec son compagnon de travail et ami, Gaston Pitou.
Maurice aimait rappeler qu’en Beauce, la terre est pauvre, mais qu’elle peut être productive parce qu’elle est aisée à cultiver ; il expliquait souvent que l’agriculteur beauceron est toujours ouvert au progrès, à l’innovation qui rend son travail moins pénible et plus efficace. Par son ouverture d’esprit, sa curiosité, sa confiance dans les progrès de la technique et de l’esprit humain, Maurice était bien l’enfant de sa terre.
En 1965, après avoir été 12 ans conseiller municipal, il est élu maire de Lutz-en-Dunois, comme l’avait été son père. C’est en 1973, à la demande de son ami Guy Joseph, qu’il se présente aux élections législatives ; il est élu député et le restera jusqu’en 1997, c’est-à-dire 24 ans. Il siègera pendant 9 ans au Conseil général. En 1985, il est président de la Région Centre ; il le sera durant 13 ans.
1985 : les régions naissaient à peine ; elles sortaient de la tutelle préfectorale, gagnaient en autonomie et en légitimité, spécialement par l’élection des conseillers régionaux au suffrage universel. D’une certaine façon, tout était à inventer: le sens de l’action régionale, les politiques, les modes de gestion.
Maurice Dousset fut un grand président de Région. Parmi les tout premiers, il comprit que les régions devaient agir dans un esprit nouveau : tout faire partir du terrain, aider les territoires et les communes à concevoir et à financer leurs projets. C’est dans cet esprit que Maurice inventa les contrats régionaux d’action rurale, les « contrats régionaux d’initiative locale », les « contrats de pays », sans oublier les «cœurs de village». Maurice avait une vision très claire de ce que doit être l’aménagement du territoire ; une œuvre commune, soucieuse de la qualité de la vie au quotidien.
Il y eut aussi la grande aventure des lycées. De cette nouvelle compétence, Maurice se saisit avec enthousiasme, certain que la Région pouvait faire beaucoup mieux que l’Etat, par la souplesse de son intervention et sa connaissance des réalités locales. Sans parler de l’entière rénovation du parc immobilier, ce furent, en 13 ans, 15 lycées neufs. Et quels lycées ! La Région fit appel à de grands architectes, pour que nos établissements soient les plus beaux possible, ouverts, lumineux, vraiment conçus pour l’étude et la vie en commun, à l’image de la haute idée que Maurice se faisait de l’éducation et du savoir. Il savait que l’architecture elle–même peut se faire enseignante, que la beauté des lieux forme et force le respect et l’attention des plus dissipés.
Le transport régional, ce fut une autre belle aventure. Maurice comprit d’emblée que les régions, proches du terrain et des usagers, pouvaient améliorer sensiblement le service public des transports. Par sa volonté, la Région Centre fut chef de file dans la mise en place de cette compétence. C’est lui qui donna l’impulsion à la construction de nouveaux matériels, à la rénovation des gares, à l’arrêt de la spirale des fermetures de lignes. C’est bien lui - Michel SAPIN le rappelait- qui fut le père de nos TER.
Je voudrais dire d’un mot ce que fit Maurice dans le domaine de l’action culturelle. Souvent, il regrettait que le patrimoine de sa terre beauceronne ne fût pas mis en valeur comme il le méritait. Il voulut remédier à cela : nous lui devons l’association « Terre de Beauce », la « Maison de la Beauce » à Orgères, la restauration de l’abbaye de Nottonville, mais aussi le prix littéraire des « grands espaces . Sur le plan régional, c’est lui qui fonda le Conservatoire International des Parcs et Jardins à Chaumont, point de rencontre entre la recherche, la formation, l’animation culturelle et la mise en valeur du patrimoine ; son succès fut immédiat, et il perdure.
Et puis il y a l’essentiel ; l’essentiel, c’était les qualités d’homme de Maurice. Grâce à elles il put, durant des années, avec des majorités parfois bien fragiles, faire travailler ensemble des élus de tous bords, souvent dans l’amitié ; grâce à elles, encore, il sut accompagner, sans bruit, la croissance de l’administration régionale de quelques dizaines à plusieurs centaines de collaborateurs, sans qu’elle se perde sa créativité.
Ses qualités : la bienveillance naturelle, l’attention spontanée, la relation chaleureuse, mais aussi cette passion calme, si rarement en colère. Mais encore une authentique humilité, celle de l’intelligence ; celle qui le rendait ouvert au dialogue, aux idées des autres, qui enrichissait toujours sa réflexion et son action.
Sa grande rigueur, aussi, dans la gestion des deniers publics. L’agriculteur beauceron était là tout entier, attentif à la moindre dépense, à sa stricte justification au regard de l’intérêt public. Et je sais la blessure profonde que fut sa condamnation pour « gestion de fait », parce qu’il avait voulu garantir une retraite complémentaire au personnel contractuel de la Région. Ce qui lui fit le plus mal, ce ne fut pas de ne pas pouvoir se représenter à la Région : ce fut que quelqu’un pût s’imaginer un instant que sa probité n’était pas totale. La probité de Maurice était totale.
Et aussi son courage ; un courage de terrien, de celui qui termine toujours le sillon commencé. Mais aussi ce courage moral –si rare en politique- qui le rendait capable d’agir consciemment à l’encontre de son intérêt propre, au nom de ce qu’il pensait être bon. Son dernier combat politique, celui de l’implantation du troisième aéroport en Beauce, il le mena, je puis en témoigner, très attristé des amitiés qu’il perdait, et pleinement conscient des risques qu’il prenait. Il me disait parfois : « être battu sur ce dossier, ça sera un beau départ ». Oui Maurice, ce fut un beau départ !
Isabelle,
Jean-Christophe,
Blandine,
François,
Chère Anne-Marie,
Tous ces mots, ces pauvres mots pour vous dire, nous tous qui avons travaillé avec Maurice, qui l’avons rencontré quand il venait nous voir, nous tous qui sommes venus un jour ou l’autre à Montachery lui demander un conseil, un soutien, vous dire combien nous partageons votre chagrin, à quel point nous l’aimions, et comme il va nous manquer.


Très belle cérémonie en effet, sobre et recueillie. On oubliait totalement l'inconfort de deux heures de station debout au sein d'une foule compacte, mais qui commmuniait dans une même émotion.
Merci Olivier d'avoir pensé à retranscrire ainsi le témoignage, si simple et vrai, de Ph. Vigier.
Rédigé par : mob | 30 oct 2007 à 16:58
Grand monsieur qui nous a quitté...
Et Philippe Vigier a été un de ses très proches... Et lui rend ici un très bel hommage...
Même si je ne suis plus politiquement sur la même ligne que Philippe, et même s'il va falloir du temps avant que j'accepte le "coup" qu'il nous a fait, je dois reconnaître que c'est extrêmement bien écrit...
Rédigé par : johann lauthier | 29 oct 2007 à 17:41
Bravo pour ce beau texte
Rédigé par : Françoise | 29 oct 2007 à 15:39