Générations et pratiques culturelles (Fin)
Dans les deux premières notes, nous avons abordé les aspects méthodologiques, expliqué l'intérêt de l'analyse générationnel et consulté le passé (évolution depuis 30 ans). Cette dernière note a vocation à regarder l'avenir et donc les possibilité d'extrapolation des études menées jusqu'alors. Ceci se révèle utile, voire indispensable pour réflechir à la modification des pratiques culturelles et tenter de se trouver en phase avec cette évolution.
Voici donc par type de pratique ce que l'on peut envisager:
La culture imprimée: elle subit un recul générationnel incontestable tant au plan de la lecture de presse quotidienne que de celle des livres. cette baisse va se poursuivre au cours des prochaines années dans la population adulte totale.
La culture juvénile: principalement le cinéma se trouve confronté à un effet d'âge négatif et générationnel chez les plus jeunes. On voit apparaître une nouvelle sociabilité numérique au sein des nouvelles générations (forum, messageries instantanées, facbook, twitter, jeux en réseau...)
La culture cultivée: Spectacles vivants et patrimoine; Il n'y a ni effet d'âge, ni effet générationnel. On perçoit cependant une légère désaffection, due notamment à la nouvelle attitude de consommation (où je veux, ce que je veux, quand je veux)
La culture musicale: principalement l'écoute de musique enregistrée. On se trouve là dans l'exacte symétrie par rapport à la culture imprimée. Elle devrait en plus bénéficier des innovations technologiques notamment portabilité.
La culture audiovisuelle: Effet d'âge positif, mais on perçoit chez les plus jeunes générations (surtout 11 septembre et celle à venir) les signes d'un retournement de tendance avec un nouveau type de consommation: émission à la demande, poscast, ordinateur, téléphone mobile...
On se trouve donc face à l'émergence d'une culture numérique qui modifie et surtout va modifier considérablement le rapport à la consommation culturel, avec un réelle spécificité générationnelle.
Ainsi, les 60-69 ans sont 20% à s'être connectés à Internet contre 95% des 12-17 ans (Credoc 2006). Le consommateur aura une plus grande intervention dans l'élaboration de ses propres programmes culturels. On sent distinctement une nouvelle attente de liberté, souplesse sur le lieu et le moment de la paratique et d'instantanéité qui s'oppose aux pratiques sociales et culturelles à temporalité comme la lecture.
Les jeux vidéos concernent les 13-19 ans. 21% d'entre eux ont joué la veille et pour les 20-24 ans: 15% Il paraît probable que non seulement ces générations continueront à jouer en vieillissant et joueront donc plus, au même âge, que celles qui les ont précédées, mais que les générations à venir prolongeront l'escalade générationnalle en jouant encore plsu fréquemment que les précédentes.
On assiste donc clairement à l'apparition d'un nouveau champ culturel, adossé aux technologies numériques, dont l'émergence vient mécaniquement limiter l'importance des "anciennes pratiques" du fait des contraintes budgétaires et temporelles que s'imposent (ou qui s'imposent) aux Français. Cette nouvelle culture se développe au détriment de toutes les autres pratiques, qu'elle appartiennnet à la cutlture imprimée (hors presse gratuite), "juvénile", "cultivée" ou même audiovisuelle (au sens classique du terme).
Il s'agit donc d'un phénomène de substitution au moins partiel dans la mesure où les pratiques culturelles émergentes sont concurrentes des paratiques préexistantes.
ØØØ
Voilà, il ne me semble pas nécessaire de rentrer plus dans le détail. On constate bien qu'un certain nombre des réflexions que nous nous faisons au quotidien sur les blogs ou lors de nos rencontres se trouvent en grandes parties confirmées par les études réalisées avec beaucoup de sérieux par le Ministère de la Culture depuis plus de trente ans. Il n'y a pas qu'un simple glissement, mais une véritable révolution dont les acteurs culturels n'ont pas (pour la plupart) pris conscience. La presse quotidienne commence à en ressentir les effets de façon violente. Il faut donc anticiper. Et les réflexions de Lucie me semblent particulièrement coïncider avec ces évolutions.
J'ai bien conscience d'avoir été un peu différent des notes habituelles, mais c'est aussi cela un blog; il révèle les différentes facettes de son auteur.



@Olivier,
Oui, et c'est pour cette raison qu'avant de découvrir le Monde Merveilleux d'Internet je regrettais de ne pas être née à la fin du 19° ou au début du 20°... Bon, non seulement j'ai évité les 2 guerres, j'ai le droit de vote mais en plus je vis dans une période de transition unique : that's great!
Merci beaucoup et bonne journée!
Lucie
Rédigé par : Lucie | 21 jan 2008 à 15:04
un grand merci pour l'ensemble de ces notes de ce W-E qui m'ont beaucoup intéressée, et qui aident à se situer et à faire le point sur une question bien d'actualité.
Rédigé par : mob | 21 jan 2008 à 10:19
@Lucie. Effectivement nous vivons une période de très forte évolution, voire de révolution. Néanmoins la fin du XIXe fut une époque incroyable et qui a touché tout le monde (arrivée de l'électricité, du chemin de fer, de la voiture, de l'avion...) Ensuite, nous n'avons fait qu'accélérer. Les immenses changements datent des années 1860-1900.
Rédigé par : de Brabois | 21 jan 2008 à 08:23
Analyse très interessante. Et très bonne lecture avant d'aller se coucher.
Merci Olivier ;)
Rédigé par : Mathieu | 21 jan 2008 à 00:52
Excellente analyse, Olivier ! Merci. ça m'a fait une très bonne lecture du dimanche soir... Lecture numérique 2.0, of course !
Rédigé par : johann lauthier | 20 jan 2008 à 21:05
Que d'honneur tu me fais Olivier ! Merci infiniment!
Concernant les trois posts que tu as écrits, j'ai en effet rédigé un article à ce sujet
En route pour une humanité 2.0
où je m'interroge sur l'époque que nous sommes en train de vivre.Hier soir encore, j'expliquais qu'il y a quelques années je regrettais d'être née en 1983... Que j'aurais préféré naître au 19° siècle (révolution industrielle et culturelle) ou au début/moitié du 20°s (explosion artistique, culturelle, changements profonds des moeurs (position de la femme dans la société, lutte pour plus d'égalité entre les peuples...).
Mais, depuis quelques mois, ma position a radicalement changé: aujourd'hui je suis fière d'être née justement en 1983 car ma génération est celle qui aura vu l'arrivée d'internet, des nouveaux outils de communication, qui aura vu une révolution sans précédent pour l'humanité. Jusqu'à présent, les grandes découvertes, les révolutions (si on prend le temps de les étudier) ne touchaient qu'une petite partie de l'humanité. Des centaines de milliers de personnes mourraient sans jamais en avoir entendu parler (découverte de l'Amérique, invention de l'imprimerie, révolution française, la machine à vapeur....). Internet est un outil de démocratisation de l'innovation et du savoir. Le défi majeur à venir, comme je le disais hier, sera de parvenir à faire le tri et surtout pour les prochaines générations, parvenir à se construire un véritable esprit critique, structurer la pensée.
De manière plus spécifique, cette étude, Olivier, me conforte dans ma démarche : création d'un média d'un nouveau type...
Merci infiniment pour tout et à très vite !!
Rédigé par : Lucie | 20 jan 2008 à 17:45